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Fracture numérique

Vous surfez régulièrement sur le net, vous connaissez les (très) grandes lignes de l’actualité numérique, vous êtes inscrit sur quelques réseaux sociaux ou du moins vous connaissez leurs noms, vous savez que Google c’est bien plus qu’un moteur de recherche. Bref, même si elle ne vous occupe que quelques minutes par jour, vous avez une vie numérique.

Mais il vous arrive d’être confronté, que ce soit par la famille, au travail ou par vos amis, à l’autre réalité, celle de ceux qui n’ont pas cette vie numérique. Ceux qui n’ont jamais entendu les mots “Flickr” ou “Facebook”, qui vous regardent comme un illuminé quand vous parlez de Web 2.0 ou flux RSS et pour qui les blogs sont des sites d’hommes politiques ou d’ados en pleine puberté. Entre vous et eux s’étend une faille, parfois immense, que j’appelle la fracture numérique.

Carte des communautés virtuelles

Note : A la base le terme fracture numérique désigne la disparité d’accès aux technologies informatiques comme entre pays riches et pays pauvres, ou comme entre zones urbaines et zones rurales pour l’accès à internet. Dans cet article je me limiterais à ma propre redéfinition du terme.

Cette fracture numérique, selon les interlocuteurs, se présente parfois de façon assez dure, pouvant pousser une des deux parties dans un mutisme volontaire. Ma dernière anecdote date d’il y a moins d’une semaine, quand, sortant d’un mariage, j’ai voulu expliquer comment regrouper les photos de tout le monde sur Flickr. Après quelques minutes a essayer d’expliquer vainement comment ce service web allait nous simplifier le partage des photos en subissant les regards à la fois réprobateurs et plein d’incompréhension de mes interlocuteurs, j’ai fini par me taire avant de prendre la remarque que j’attendais en pleine figure : “sinon on a qu’à se les envoyer par mail !”.

Je ne cherche pas à dénigrer ces personnes, mais dans ces cas là j’ai souvent l’impression de me retrouver avec un briquet face à des Cro-Magnons cherchant à faire du feu en tapant des silex. La frustration qui en découle se cumule souvent avec la marginalisation ressentie dans les regards ou par les remarques des interlocuteurs et pousse à rechercher de nouvelles personnes avec qui parler.

Romantic Evening, Technology-Style de Mrs Maze http://www.flickr.com/photos/kmtucker/

Des personnes qui nous comprennent, pas au sens humain du terme, mais qui comprennent simplement de quoi on parle. Je ne saurais même pas compter le nombre de fois où j’ai répondu “rien” à un ami me demandant “quoi de neuf ?” simplement parce que je savais qu’il ne comprendrait pas un mot de ce que j’aurais pu avoir à dire et que lui expliquer l’aurait ennuyé au mieux, donné l’impression d’être pris pour un imbécile au pire.

Et le fondement du problème est sans doute là. Autant celui qui a une vie numérique a régulièrement l’impression d’être marginalisé et incompris, autant celui qui n’en a pas a l’impression d’être pris de haut. La frustration s’étend des deux cotés de cette fracture numérique, augmentant encore l’écart entre les interlocuteurs.

Il n’est plus vraiment permis de nos jours de déclarer humblement qu’on n’y connaît rien en informatique et cela ne fait qu’augmenter les problèmes de communication entre les deux parties. Poussant l’un à afficher qu’il se sert très bien de son ordinateur a grand coups d’emails, de traitement de texte et de séance de surf sur Youtube, alors que l’autre va chercher, souvent maladroitement, à montrer toutes les nouveautés dont son interlocuteur n’a pas connaissance.

Comment parler de tout ça à quelqu'un qui ne connait pas les termes de Web 2.0 ou réseau social ?

Ce n’est un secret pour personne, ne pas savoir quelque chose est vécu comme une faiblesse quand quelqu’un nous le fait remarquer, d’autant plus à notre époque ou l’information et le pouvoir se mêlent de plus en plus intimement. La réaction est souvent la même, dénigrer purement et simplement le mode de vie de l’autre, le marginalisant d’autant plus.

Je ne doute pas que, le temps passant, l’amélioration des logiciels et des services informatique réduise cette fracture. Mais il existera toujours un fossé entre les curieux que ça intéresse et ceux que ça n’intéresse pas et j’ai bien peur de continuer à être perçu comme un hurluberlu, une sorte de marginal qui ne raconte pas grand-chose, pendant encore un bon moment.

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Article consulté 248 fois Réflexions

14 commentaires pour “Fracture numérique”

  1. Fox
    A 18:16 Le Samedi 21 juin 2008

    Comme je te comprend… J’aime bien la métaphore du briquet, celà représente assez bien la situation. Effectivement, si tout le monde avait un compte Flickr, comme le partage de photos serait simple ;)

    Les starts up et autres grands groupes 2.0 doivent faire un réel effort de démocratisation de leurs services pour ne pas atteindre qu’une communauté de passionnés (de photos dans le cas de Flickr).

    Un bon exemple pour moi est copainsdavant.com, un site qui existe depuis l’ère pré bulle mais qui ne commence que réellement à percer (en France du moins). On voit de pls en plus de gens qui n’ont pas de vie numérique en parler (une page entière de mon canard lui a même été consacré, c’est pour dire…).

    Bref, la morale de ton billet, ça serait bien “Comme il est dur de vivre avec son temps…” ;) ;) ;)

  2. Cleanettte
    A 18:36 Le Samedi 21 juin 2008

    ;-) Je pense qu’on sera nombreux à te comprendre hormis ceux vivant dans une bulle, on a tous des amis, de la famille, des collègues qui même en ayant une connection à internet n’ont pas la même connaissance du web et pas les même besoins et usages.
    Et certe c’est extrèmement frustrant.

  3. daria
    A 11:40 Le Dimanche 22 juin 2008

    D’accord avec ton article et les commentaires précédents.
    Le coup aussi de
    - quoi de neuf ?
    - rien
    me parle énormément.
    En fait le problème est bien celui que tu évoques, y’a ceux qui s’intéressent et les autres…

  4. burninghat
    A 12:25 Le Dimanche 22 juin 2008

    Yep très belle allégorie de la fracture technico-culturelle qui sépare l’humanité en ce moment. Pire que les frontières…

    J’aime à rassurer les gens qui ne connaissent pas et surtout ne veulent pas connaître. Finalement ce sont des collections d’outils, des aspects de la vie qui sont géniaux pour qui en a besoin/apprécie mais ne sont pas vitaux.

    Ceci dit, oui, le “-hello quoi de neuf ? - rien”, je connais bien. Cependant c’est pas tellement un problème, globalement j’essaye d’être “entre geeks” quand j’ai envie de causer technologie et de débrancher cette part de mon cerveau quand je suis avec les “humains 1.0″ ;) Ça se complique quand il faut mener un projet technologique avec des décideurs ou des partenaires “technico-réfractaires” (mot de mon invention) mais là encore il y a des façons de communiquer qui permettent généralement de trouver un consensus satisfaisant pour tous.

  5. vectorfabrik
    A 13:01 Le Dimanche 22 juin 2008

    faut faire preuve de beaucoup de pédagogie et de patience, j’ai réussi à convertir pas mal de mes proches à certaines applications web (en particulier les réseaux sociaux), non pas pour faire “hype” mais car ça leur rend réellement service. C’est comme tout : si tu goutes pas, tu sais pas que c’est bon :-D J’ai une amie enseignante “numériquement aux fraises” à qui j’ai fait découvrir des blogs intéressants pour ses cours, aujourd’hui elle s’en sert comme d’un outil pédagogique à part entière.

  6. vectorfabrik
    A 13:26 Le Dimanche 22 juin 2008

    Toujours au sujet de cette amie enseignante, à force de m’entendre parler de réseaux sociaux, avec mon aide elle s’est inscrite sur l’un d’entre eux sans y voir grand intérêt, aujourd’hui ça lui permet de suivre ses anciens étudiants et ça lui a également permis de reprendre contact avec des amis dont elle était sans nouvelles depuis 10 ans! Bénéfice pour elle : 100%

  7. daria
    A 14:10 Le Dimanche 22 juin 2008

    @vectorfabrik : “numériquement aux fraises” je ne connaissais pas cette expreession :)

  8. vectorfabrik
    A 8:49 Le Lundi 23 juin 2008

    ha ha! oui! j’adore l’expression “être aux fraises”, je serais curieux d’en connaitre l’origine :-D

  9. Stellaire
    A 14:05 Le Lundi 23 juin 2008

    Merci à tous pour vos réactions.

    C’est à la fois assez marrant et particulièrement désespérant de voir comme vous vous êtes reconnus dans le “quoi de neuf ? - rien”.

    Thomas, c’est drôle que tu parles de copainsdavant, c’est étrangement le seul réseau social que connaisse les personnes dont je parle dans mon exemple. Du coup pour eux un réseau social est un service pour retrouver des gens qu’on a connu avant IRL. Impossible de leur faire comprendre que quelque chose de social n’est pas limité aux connaissances réelles.

    BurningHat, cette phrase ma parle aussi énormément :
    “globalement j’essaye d’être “entre geeks” quand j’ai envie de causer technologie et de débrancher cette part de mon cerveau quand je suis avec les “humains 1.0″
    Le problème étant que ça donne l’impression de n’avoir que très peu a dire et à partager, sorti des anecdotes et des histoires datant d’une dizaine d’année, le reste (enfin dans mon cas) est forcément lié à l’informatique. Et c’est là qu’est la vraie fracture, même sans y connaitre quoi que ce soit, les gens comprennent qu’on puisse être passionné par l’informatique, mais pas que ce soit une passion exclusive qui puisse empiéter sur le reste de ses relations sociales.

    Je ne saurais compter le nombre de fois ou j’ai entendu des phrases comme :
    “Mais tu les connais ces gens là ? - Ben oui -Non mais tu les connais vraiment, tu les as rencontrés ?”
    “Si ça se trouve c’est un vieux pervers devant son écran qui t’écris” (à l’époque ou j’ai rencontré ma douce sur internet)
    “12H par jour devant un PC ! Mais tu y fais quoi ?”
    “Attends moi je sais faire avec ça (un logiciel quelconque et pas à jour depuis 5 ans) me perturbe pas avec tes trucs !”

    Vectorfabrik : très bon le “numériquement aux fraises” ^^
    Tu remarquera que dans tes exemples l’enseignante ne percoit les choses que comme un outil servant le réel, la vraie différence est sans doute là. On ne perçoit pas l’informatique que comme un ensemble d’outils qui n’existent que pour servir le réel.

  10. vectorfabrik
    A 15:45 Le Lundi 23 juin 2008

    Pour beaucoup de gens l’idée même d’avoir une “vie numérique” relève de la science fiction façon matrix. Le plus atroce c’est quand je parle de “vie sociale numérique”, les “humain 1.0″ me répondent que c’est pas du solide, que c’est juste pour rigoler. Les plus obtus pense que je suis malheureux et mal dans ma peau :-D alors que c’est tout le contraire, j’ai une vie privé, une amoureuse en chair et en os, plein d’ami(e)s avec qui je sors les week end, etc… Le concept du geek laid et boutonneux solitaire et quasi suicidaire appartient définitivement à l’imagerie d’Epinal.

  11. daria
    A 17:42 Le Lundi 23 juin 2008

    @vectorfabrik : bon déjà l’expression être aux fraises semble avoir plusieurs sens comme : être collé au cyclisme, y’en a une autre pour le rugby et en général c’est plutôt être en retard ou à côté du sujet.

    Pour l’origine la seule explication pour le moment c’est :
    “Sinon, sais tu d’ou vient l’expression être aux fraises, quand on est pas là?

    Non, mais je vais pas tarder à le savoir…

    Tu vas voir, on est tout proche de la résidence de Jacobs.

    Tu connais l’histoire Napoléonienne, la bataille de Waterloo, les cavaliers qui arrivent sur la droite?
    Grouchy? (non, c’est pas Astérix)
    Et c’est Blücher…
    Mais pourquoi Gruchy été en retard?
    Comme son armée n’avait plus mangé depuis quelques jours, ils se sont arretes dans un champs… de fraise pour se nourrir.

    Et l’expression est resté, quand tu attends quelqu’un et que tu n’as pas de nouvelles, tu es aux fraises!”
    Source : 4e post de Filochard http://www.marquejaune.com/forum/viewtopic.php?t=270&start=75

    Je ne sais qu’en penser côté véracité ?!

    M’enfin c’est sûr que faut pas être énervé pour ramasser ds fraises ^^

  12. Stellaire
    A 19:15 Le Lundi 23 juin 2008

    Vectorfabrik.
    “Le plus atroce c’est quand je parle de “vie sociale numérique”, les “humain 1.0″ me répondent que c’est pas du solide, que c’est juste pour rigoler. Les plus obtus pense que je suis malheureux et mal dans ma peau”
    Je me retrouve tellement dans cette phrase.

    Daria, j’ai bien compris le sens de l’expression et son histoire mais l’espèce de discussion que tu a collée me semble totalement incompréhensible. Qu’est ce que c’est que cette histoire de résidence de jacobs et de Grouchy ?

  13. daria
    A 19:44 Le Lundi 23 juin 2008

    grouchy maréchal d’Empire
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_de_Grouchy
    d’où rapport avec Napoléon pour la résidence de jacobs je ne sais pas.
    Côté fr napoleon attendait Grouchy qui n’est pas venu à temps, côté anglais Wellington attendait Bluecher qui arriva lui dans la bataille de Waterloo
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Waterloo

  14. Stellaire
    A 20:03 Le Lundi 23 juin 2008

    Daria, non c’est pas ça qui me gênais (j’avais cherché vu que je ne comprenais pas) c’est cette espèce de discussion schizophrène que le type semble avoir avec lui même. Enfin bon c’est pas grave.

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